Ces clowns de la politique

Peut-être en raison du désintérêt des personnes pour la politique, celle-ci a changé de visage. Autrefois le fait de nobles puis de militants, elle est devenue le domaine de prédilection de personnages sortis de nulle part et dépourvus de tout code de conduite. Finie cette forme édulcorée de langage qui permet de meubler une conversation et finies ces manières diplomatiques de s’adresser à ses rivaux, place au langage cru, spontané et empli d’émotions, souvent de colère. Une ère de clowns politiques a débuté avec Donald Trump et continuera de prospérer avec des Boris Johnson et des Vivienne Rook, personnage de la série Years and years, qui peuvent s’appuyer sur la montée du populisme dans le monde entier.

Ces clowns déconstruisent entièrement l’idée de la politique comme domaine noble et cherchent à reconnecter des personnes à la politique, à la gestion de leur pays. Ils se font ainsi connaître par leur franc parler et par leur apparente sincérité. Donald Trump semble être sorti d’un cartoon avec son teint orange et son absence complète de retenue au niveau du langage qu’il soit parlé ou écrit avec ses tweets. Vivienne Rook se fait également connaître avec un « fuck » prononcé à la télévision britannique et avec un langage populiste consistant à dire qu’elle n’a que faire des problèmes en Palestine et voudrait davantage que les poubelles soient ramassées dans son quartier. Ces personnages (oui, Donald Trump est également un personnage) permettent ainsi à des personnes peu intéressées habituellement par la politique de s’identifier et de penser que ces hommes et femmes politiques vont enfin s’intéresser aux problèmes du quotidien.

Boris Johnson n’est pas un étranger de la politique puisque son père a été député européen et son frère est actuellement député (sans toutefois soutenir son frère, actuel Premier ministre). Mais il est tout de même un clown par ses apparitions publiques dans lesquelles il ne semble pas hésiter à se montrer ridicule et par ses frasques langagières. Lorsqu’il parle de « négrillons » pour des enfants congolais ou des « boîtes aux lettres » et « braqueurs de banque » pour les femmes en burqa, ces propos semblent si racistes et grotesques qu’il est difficile de penser qu’ils ne sont pas uniquement destinés à faire parler de lui.

Ces clowns se font également remarquer par leur méconnaissance des sujets, leurs projets ambitieux mais également absurdes et leur volonté de tromper tout en faisant la guerre aux soi-disant fake news des médias. Donald Trump fait ainsi huer CNN lors de ses meetings tandis que Vivienne Rook crée sa chaîne, 4 Star Channel, pour lutter contre les fausses informations. Tandis que le premier surfe sur la vague très porteuse de l’immigration illégale et cherche à construire un mur pour séparer les États-Unis du Mexique aux frais de ce dernier, la seconde s’attaque à la pornographie qui serait omniprésente sur les vidéos regardées par les enfants en passant des images pornographiques en plein meeting politique.

Mais attention, ce n’est pas parce qu’il s’agit de clowns qu’il ne faut pas les prendre aux sérieux. Nous rions facilement de leurs clowneries destinées à faire le buzz mais ces clowns possèdent un pouvoir énorme. Donald Trump a ainsi déclenché une guerre commerciale contre la planète toute entière, créé des tensions avec la Chine et l’Iran, accentué les tensions entre Israël et la Palestine et provoqué le plus long shutdown, c’est à dire un blocage de l’administration américaine en raison de son caprice de mur. Il réfute également toute idée de réchauffement climatique, s’est retiré l’accord de Paris et montre bien son ambition de ne faire absolument rien pour préserver la planète. Boris Johnson est quant à lui en train de mener le Royaume Uni vers un Brexit sans accord sans en mesurer les conséquences désastreuses qui concernent notamment l’économie du pays et la santé de ses nationaux.

Dans un futur proche, les scénaristes de Years and years imaginent Vivienne Rook, Première ministre du Royaume Uni, réinventer à sa façon les principes de la sélection naturelle de Darwin, en créant des camps d’immigrés surpeuplés et sales afin qu’une part importante d’entre eux meurent. Ce futur dystopique ne semble pas si hypothétique quand on voit les problématiques liées à l’accueil des demandeurs d’asile en Europe et notamment en France.

Alors, gare aux clowns !

Petit point sur les violences conjugales à l’occasion de l’ouverture du Grenelle

Alors que s’ouvre aujourd’hui le Grenelle des violences conjugales qui doit réunir à Matignon quatre-vingt acteurs travaillant autour de ce domaine et dégager de nouveaux outils et moyens pour lutter contre les violences conjugales, et que, dans le même temps, le cent-unième féminicide de l’année a été recensé, petit point sur ces violences et les moyens mis en place pour lutter contre celles-ci.

Commençons par une parenthèse qui n’est pas anodine : mon correcteur Word ne connaît pas le terme de féminicide et me propose plutôt les termes de féminoïde et de germinicide, ce dernier terme étant défini comme détruisant la faculté de germination des plantes. Cette parenthèse en dit long sur la place accordée aux féminicides et aux violences à l’égard des femmes, mais passons…

Dans le passé, les violences à l’égard des femmes ont avant tout été pensées comme des violences à l’égard de leurs maris et non à l’égard d’elles-mêmes. C’est ce qu’explique Valérie Rey-Robert dans son ouvrage, Une culture du viol à la française : Du « troussage de domestique » à la « liberté d’importuner ». Elle observe ainsi qu’au Moyen-Âge, le viol est considéré non pas comme une violence à l’égard de la femme violée mais comme un vol d’un bien appartenant à son mari ou à son père, c’est-à-dire à l’homme étant son propriétaire. Difficile dans ces conditions d’accepter l’idée qu’un viol puisse être commis justement par le conjoint de la victime. Cet obstacle est acté en 1810 avec la reconnaissance du « devoir conjugal » qui rend ainsi impossible l’idée de viol entre époux.

Le viol conjugal a été reconnu progressivement, notamment grâce à deux décisions de la chambre criminelle de la Cour de Cassation du 17 juillet 1984 et du 5 septembre 1990. Cette jurisprudence a été suivie au niveau législatif avec la reconnaissance comme circonstance aggravante d’être le conjoint ou concubin de la victime pour les violences en 1992 et pour les violences sexuelles en 2006. La loi du 4 avril 2006 ajoute également à l’article 222-22 du Code pénal que le viol et les agressions sexuelles peuvent être condamnés « quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage ». Ainsi, sont pleinement reconnues les violences, y compris sexuelles, à l’égard des femmes commises par leurs conjoints.

De nombreuses lois ont traité des violences conjugales et ont tenté de prévenir les violences, d’accompagner les victimes et de condamner leurs auteurs. Parmi les outils les plus répandus et les plus médiatisés, ont été mis en place les ordonnances de protection en 2010 qui peuvent être demandées à tout moment auprès du juge aux affaires familiales, le « Téléphone Grave Danger » ou TGD qui a été généralisé en 2013, le numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences (3919) en 2014 ainsi que le bracelet électronique. Tous ces outils sont cependant jugés insuffisants par les associations qui accusent le gouvernement de ne pas vouloir mettre les moyens dans la lutte contre les violences conjugales.

En effet, les chiffres des violences conjugales sont tels qu’ils autorisent à douter de l’effectivité de ces outils. L’Observatoire national des violences faites aux femmes relève en novembre 2018 dans sa lettre n° 13, « Violences au sein du couple et violences sexuelles » qu’en 2017, 130 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint et 219 000 femmes majeures ont déclaré avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles. On estime que seule une femme sur cinq victime de violences conjugales porte plainte.

L’année 2019 a vu une incroyable hausse de la mobilisation des associations face aux violences conjugales et aux féminicides, en raison probablement de la visibilité accrue donnée aux violences sexuelles et aux violences à l’égard des femmes dans le contexte post-MeToo. Les associations ont ainsi interpelé le gouvernement à plusieurs reprises, le collectif Féminicides par compagnons ou ex recensant sur Facebook et Twitter le nombre de féminicides répertoriés dans la presse cette année.

Après un rassemblement organisé le 6 juillet à l’appel d’un collectif de familles et proches de victimes de féminicides et la publication de sa tribune « Protégeons-les », Marlène Schiappa annonce la tenue d’un Grenelle le 3 septembre. Les associations telles qu’Osez le féminisme et le collectif #NousToutes dénoncent une opération de communication du gouvernement en déclarant qu’une concertation n’est pas nécessaire, les solutions étant déjà connues.

Alors que l’exécutif souhaite une concertation, des annonces sont déjà attendues sur l’hébergement des femmes ayant porté plainte, sur la distribution plus importante de Téléphones Grave Danger et la généralisation du bracelet électronique dès le dépôt de plainte ainsi que sur la formation des policiers pour recevoir les plaintes. L’exécutif connaît donc déjà bien le principal problème de la lutte contre les violences conjugales : le manque cruel de moyens financiers et donc, semble-t-il de volonté politique…

Les associations se sont ainsi insurgées contre l’annonce de la création d’un fonds spécial contre les féminicides baptisé fonds Catherine et de sa dotation d’un million d’euros. Sur Twitter et lors du rassemblement organisé le 1er septembre pour le centième féminicide de l’année, le mot d’ordre était #1Milliardpas1Million.

Des études sur les besoins financiers pour lutter contre les violences conjugales ont déjà été menées. Un rapport de 2018 intitulé Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? basé sur une étude effectuée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), la Fondation des femmes, le Fonds pour les Femmes en Méditerranée (FFMed), le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) et Women’s Worldwide web (W4) estime ainsi à entre 500 millions et un 1,1 milliard d’euros le besoin financier, une fourchette délimitée par une hypothèse basse avec 96 800 femmes (le nombre de femmes ayant déposé plainte en 2016) et une hypothèse haute avec 225 000 femmes (estimation du nombre de femmes victimes de violences de la part de leur compagnon ou ex par année).

Les principaux besoins sont le dispositif  d’accompagnement global par les associations spécialisées comprenant « l’information, la première écoute et l’orientation, l’accompagnement pendant la phase judiciaire, l’insertion professionnelle et la coordination » qui nécessite entre 193 et 450 millions d’euros (soit 4000 euros par femme en estimant que seule la moitié des femmes victimes aurait besoin de cet accompagnement) et les places d’hébergement qui représentent le même montant. S’ajoutent à cela la campagne de sensibilisation, la permanence téléphonique et la formation des policiers, des personnels de santé et des professionnels de la justice. Aujourd’hui, seulement 78,7 millions sont alloués à ce combat dont 15 millions pour le dispositif d’accueil et 40 millions pour l’hébergement.

Face à cette étude accablante pour les autorités françaises, ce rapport, comme nombre d’associations, louent l’exemple de l’Espagne, qui après un accord en juillet 2017 a prévu une allocation d’un milliard d’euros pour les cinq prochaines années pour lutter contre la violence de genre. L’Espagne a également développé un arsenal législatif important avec notamment des cours spéciales pour juger les affaires de violences conjugales, la possibilité pour l’État de porter plainte après signalement des voisins ou intervention de la police, la vitesse imposée aux juges pour statuer et le recours massif aux bracelets électroniques. Ces mesures ont ainsi permis de faire passer les féminicides de 71 en 2003 à 47 en 2018. Si ce nombre reste important et ne permet pas de crier victoire, il montre tout de même qu’il est possible d’agir sur les violences conjugales et de réduire le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Nous allons voir dans les prochains jours et dans les prochains mois, le Grenelle se terminant le 25 novembre, si le gouvernement entend allouer les moyens nécessaires à la baisse du nombre de féminicides et ainsi être à la hauteur de sa communication. Les méthodes sont connues, il ne reste qu’à leur donner des moyens.

Twitter ou l’obligation de rendre des comptes

Nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui décident aujourd’hui de quitter Twitter en raison de la virulence et de la haine présentes sur le réseau social. Consulter son fil Twitter peut ainsi être source d’énervement et de stress. Ce caractère parfois angoissant de Twitter tient, en partie, au fait d’être toujours contraint de se justifier sur Twitter, d’apporter des explications et parfois de faire machine arrière.

Lorsque rendre des comptes est vain : la mort sociale sur Twitter

Les hommes et femmes politiques l’ont bien appris depuis longtemps : un simple message sur Twitter peut déclencher les foudres de la twittosphère ainsi que celles du monde réel. Certains se font encore avoir aujourd’hui, à l’instar d’Emmanuelle Gave dont la candidature sur la liste Debout la France pour les élections européennes a été rejetée après que l’émission Quotidien a diffusé des tweets à caractère raciste. Mais les hommes et femmes politiques ne sont pas les seules à devoir faire attention à leurs propos et à devoir les expliquer par la suite.

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Cette obligation de rendre des comptes touche bien toutes les personnes s’exprimant sur Twitter. Les récentes publications relatives à la Ligue du LOL l’ont bien montré. Alors que les victimes ont parfois dû s’expliquer ou modifier leurs articles en raison de fautes de français notamment, c’est aujourd’hui aux bourreaux de rendre des comptes. Accusés par les anciennes victimes puis par une masse hétérogène et difficilement compréhensible, ces auteurs de harcèlement et de menaces n’ont eu d’autre choix que de réagir.

Le schéma semble être le même dans les deux cas : Emmanuelle Gave comme Vincent Glad et Alexandre Hervaud ont d’abord tenté de supprimer de manière discrète les tweets pouvant créer la polémique. Cependant, sur Twitter, rien ne passe inaperçu et tôt ou tard, l’information finit par ressortir, notamment grâce à des comptes tels que Fallait Pas Supprimer qui font ressurgir des tweets supprimés. Les auteurs de ces tweets ont alors essayé de s’expliquer : Emmanuelle Gave en contextualisant et en vantant le caractère ironique de ses tweets et Vincent Glad en précisant qu’aux premières heures de Twitter, il était difficile de réaliser que certains tweets pouvaient blesser. Et ensuite les sanctions : Emmanuelle Gave exclue de la liste pour les élections européennes et Vincent Glad mis à pied de Libération.

Si nous pouvons avoir tendance à penser que Twitter représente un terrain de jeux sans réel impact sur nos vies, il faut donc garder à l’esprit que les conséquences sont bien réelles. Un scandale, tel que ceux qu’ont connus Emmanuelle Gave et Vincent Glad, peut provoquer jusqu’à la mort sociale d’une personne. Il est encore difficile de savoir si une personne, comme une femme politique ou un journaliste et dont la présence sur les réseaux sociaux est si primordiale, peut réellement se relever après cela.

Twitter : incubateur d’insultes et de haine

Sans aller aussi loin qu’une mort sociale, Twitter peut créer une atmosphère particulière où tout est sujet à explication, à justification et malheureusement à insultes et déferlement de haine. Ce réseau social est, en effet, caractérisé par la rapidité de développement de son contenu qui crée un contexte nauséabond où chacun y va de son propre commentaire, généralement sans prendre le temps de réfléchir au tweet attaqué où à ce que nous relayons. D’où d’ailleurs la profusion de fake news.

Un simple tweet peut ainsi faire le buzz s’il est relayé par des comptes influenceurs et peut déchaîner les passions pendant plusieurs jours. Une jeune femme en avait fait les frais en juillet 2017 en tweetant « Chez @Decathlon, les sacs de randonnée ont un sexe… #sexisme #cliché » avec une photo de deux sacs avec des macarons bleu et rose, et en recevant une pluie d’insultes par la suite.

Cet exemple nous amène également à nous questionner au sujet de la nécessité de rendre des comptes pour les marques. Celles-ci sont aujourd’hui toutes présentes sur Twitter pour leurs opérations de marketing. Et elles réagissent, en principe, extrêmement vite lorsqu’elles sont interpelées sur le réseau social.

Le community manager de Decathlon, Yann, avait ainsi répondu à plusieurs reprises en expliquant que certains sacs étaient adaptés à la morphologie masculine et d’autres à la morphologie féminine. Il avait également essayé de calmer les esprits sur le réseau social où la jeune femme était victime de nombreuses insultes sexistes particulièrement violentes.

Yann, devenu une icône sur Twitter, s’est également illustré récemment avec la polémique sur le hijab de running. Là encore, la marque a été interpelée par de nombreux internautes en dénonçant le caractère liberticide de ce nouveau produit. Et là encore, Yann, représentant de la marque sur Twitter, a dû justifier le choix de Decathlon, notamment en répondant à des personnalités politiques.

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Si les marques doivent se défendre sur Twitter, elles renvoient également les personnes les accusant à leurs responsabilités et notamment à celle, encore une fois, de rendre des comptes. Corinne Lepage qui avait probablement voulu ajouter son propre commentaire dans le feu de l’action en rappelant à Decathlon la loi sur la dissimulation du visage, s’est vue reprocher son erreur par le community manager de la marque et a donc supprimé son tweet par la suite.

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Si la marque a réagi rapidement en justifiant son choix de mettre en vente un hijab de running devant permettre aux femmes qui portent le voile de courir sans être gênées par un produit non adapté, elle a tout de même dû avouer son échec. Le produit ayant fait un tel buzz sur Twitter et ayant entraîné une telle polémique, a été contraint de retirer son produit du marché. Les explications se Yann n’ont ainsi pas permis de l’emporter sur le réseau social qui s’embrase extrêmement rapidement et parfois contre toute logique.

Responsabiliser les marques

Twitter agit tel une allumette et la moindre étincelle est parfois fatale pour un produit ou une marque. Toutefois, le réseau social a également des aspects positifs et en premier lieu, celui de rendre accessible les marques. Plus besoin d’écrire un courrier ou d’être un féru de droit pour demander à une marque de rendre des comptes sur un produit. Twitter suffit aujourd’hui à mettre en lien clients et marques et à responsabiliser ces dernières. Les publicités font aujourd’hui l’objet de nombreux signalements qui peuvent avoir des conséquences positives.

Un exemple : le compte Pépite Sexiste. Celui-ci relaie des publicités jugées sexistes et interpelle les marques afin qu’elles les retirent. Si les marques ne prennent parfois pas au sérieux le fait d’être marquées sur un tweet qui exige des explications, d’autres sont attentives. Pour éviter une polémique ou tout simplement parce qu’elles se rendent compte de leur erreur.

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Ainsi tout internaute peut tirer la sonnette d’alarme face à une publicité sexiste, raciste, homophobe ou tout simplement intolérante à l’égard d’un groupe de personnes. Les marques et entreprises peuvent avoir un retour très rapide sur leur publicité et faire le bon choix de retirer tout propos litigieux.

Twitter a, dès lors, une fonction éducative. Le but est de leur faire prendre conscience que leurs publicités ont une influence considérable sur la manière de se comporter en société et d’appréhender les relations entre personnes. Car, non, il n’est pas nécessaire de mettre en scène une femme nue pour vendre un produit et, oui, une publicité comme celle ci-dessous conduit certaines personnes à penser qu’une femme est un objet.

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Les journalistes contraints de se justifier

Les marques ne sont pas les seules à devoir systématiquement rendre des comptes. Chacun sur Twitter peut être interpelé sur un tweet, interrogé sur des paroles ou critiqué pour un article. Les journalistes n’échappent pas à la règle et sont très souvent marqués sur des tweets par leurs confrères ou par des lecteurs qui trouvent à redire à leurs articles.

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Ils peuvent ainsi être attaqués sur leur angle d’approche, sur les personnes interrogées et ou même sur les personnes qui n’ont pas été interrogées. Tout internaute devient critique de presse. Il est ainsi possible, sur Twitter, tant de féliciter un journaliste pour la qualité de son article que de le critiquer pour son traitement de l’information.

Aspect positif : encore une fois, Twitter permet de réduire la distance entre l’auteur et le lecteur et ainsi d’instaurer un dialogue ou un débat. Aspect négatif : les journalistes peuvent facilement se voir reprocher chaque virgule de leur article. Il faut donc bien garder à l’esprit que Twitter ne reste qu’un intermédiaire et que heureusement ou malheureusement, chacun y exprime son avis personnel.

Les journalistes de Médiapart sont, en ce moment, régulièrement attaqués sur leurs méthodes jugées illégales ou immorales. Fabrice Arfi, co-responsable du service enquête du journal indépendant et journaliste particulièrement médiatisé, est très actif sur Twitter, notamment pour répondre aux attaques contre Médiapart.

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Ces journalistes justifient ainsi leurs méthodes, expliquent leur objectif et défendent leur journal. Ont-ils raison de le faire ? Difficile de le savoir.

Il est sûr, en tout cas, que leur silence serait jugé étrange voire louche à l’heure où chacun est tenu de rendre des comptes sur Twitter. Il en va d’une nécessité de rétablir la vérité ou de défendre leur vision de leur profession.

La télé a-t-elle vocation à abrutir ?

La télévision a connu un succès incroyable après la Seconde Guerre mondiale, poussant les gens à acheter le précieux sésame qui leur permettait d’avoir un regard sur le monde et d’être spectateur depuis leur salon, notre consommation a bien changé depuis avec la multiplication des chaînes et des émissions.

Ma consommation de télé

Je fais une consommation assez hétérogène de la télé. Je peux distinguer trois phases selon mon moral, mes objectifs ou tout simplement mes envies.

J’ai une phase où je ne supporte plus de la regarder tant j’ai l’impression de perdre mon temps. Je cesse alors de la regarder mais reste informée des dernières actualités, qu’elles concernent le monde de la télé avec ses émissions et animateurs bien connus du public ou qu’elles aient eu lieu dans une émission, c’est-à-dire où la télé n’est qu’un média. Je développe alors souvent une haine de la télé à laquelle j’attribue tous les maux de la société, en ce qu’elle abrutit les gens.

Il y a également la phase où je pars du principe que oui, il existe une multitude d’émissions qui me font perdre mon temps et ne m’apportent rien mais qu’à côté de celles-ci, d’autres émissions sont réellement instructives et m’informent sur des sujets qui m’intéressent. Dans cette phase, je regarde la télé en choisissant méticuleusement mon programme en fonction de ce qu’il peut m’apporter. Il s’agit donc d’une consommation pragmatique de la télé.

Enfin, la dernière phase n’est pas la plus valorisante. Là encore, je sais qu’il existe une multitude d’émissions qui me font perdre mon temps, sauf que cette fois, je les choisis, et en connaissance de cause. J’ai envie de m’abrutir donc je m’abrutis. Quel meilleur moyen de s’abrutir sinon la télé ? La consommation divertissante / abrutissante serait parfaite si elle ne me faisait pas culpabiliser par la suite. Car bien évidemment, après avoir passé un certain temps devant une émission abrutissante, j’ai conscience du temps que j’ai perdu et des nombreuses choses que j’aurais pu faire à la place.

La télé-réalitéisation de la télé

Je n’ai pas toujours été anti-télé. J’ai même été élevée à la télé ! Mais j’en avais une utilisation différente : uniquement des dessins animés, C’est pas sorcier et des films. Aujourd’hui, il existe toujours des programmes de qualité que ce soit des films, des séries, des émissions consacrées à l’actualité et des documentaires. Mais ils sont noyés dans la multitude des chaînes dont les producteurs ne savent que faire. Comme si le nombre de bons programmes était resté le même mais que des centaines de conneries étaient venues polluer l’espace créé par les nouvelles chaînes de télévision.

L’élément le plus parlant reste la naissance et la multiplication des émissions de télé-réalité. Merci à Loft Story d’avoir ouvert le bal en 2001. Rappelons le principe : des célibataires enfermés dans une villa et filmés 24h sur 24. Rapidement rejointe par des programmes plus variés tels que Star Academy et Koh-Lanta, cette émission a inauguré, en France, l’âge du pervers. Je ne parle pas de la décadence de la société et de la disparition de notre innocence mais je considère que cette émission et celles qui ont suivi ont créé chez nous un besoin de connaître la vie des personnes dans les moindres détails. Comme s’il était normal d’espionner des personnes et d’attendre avec impatience qu’elles deviennent complètement folles après avoir été enfermées pendant plusieurs jours.

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Mais attention, les personnes vues à la télé ne sont pas des personnes normales. Ce sont des personnes souvent poussées à jouer un rôle, un personnage. Je vous conseille d’ailleurs la série UnReal qui explore les coulisses d’une émission type Le Bachelor et montre bien que les candidats sont incités à avoir des comportements excessifs et même manipulés pour des nécessités d’audimat.

Ces personnages dont nous visionnons le comportement et les interactions avec d’autres personnages ne sont, pas vraiment des cadeaux pour l’éducation. Entre personnes obnubilées par le physique et par des stéréotypes sexistes et explosion des émotions à outrance, on ne sait pas vraiment qui sont ces ovnis de la télé. Malheureusement, ces programmes sont principalement regardés par des jeunes qui, même inconsciemment peuvent intérioriser ces représentations. Des personnages comme celui joué par Nabila, qui selon beaucoup de gens, est plus intelligente que ce qu’il n’y paraît, sont un danger pour la représentation des femmes et le féminisme. L’idéal féminin deviendrait une femme belle mais complètement conne…

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Le plus inquiétant est que la télé-réalité ne s’arrête pas aux émissions clairement identifiées comme télé-réalité. Les émissions destinées à faire découvrir des recettes ou des bons plans pour rénover sa maison à bas coût, ont vite fait le choix de la recherche de l’audimat à tout prix également. Avec des candidats désagréables avec les autres et du drama à souhait, des émissions telles que 4 mariages pour 1 lune de miel ou encore Bienvenue chez nous sont devenues de nouvelles télé-réalités avec des personnages stéréotypés.

J’ai regardé, par phases, et depuis plusieurs années, l’émission Un dîner presque parfait. Le principe de celle-ci est de mettre en compétition cinq candidats qui vont s’inviter à tour de rôle et cuisiner pour leurs concurrents qui vont ensuite les noter. Cette émission était intéressante dans les premiers temps car elle avait un intérêt pédagogique et nous faisait découvrir des recettes de cuisine originales. Outre les candidats insupportables qui sous notent leurs concurrents pour gagner, qui ont toujours existé, l’émission a vite décliné. Finis les candidats intéressés par la cuisine (quelle drôle d’idée dans une émission de cuisine !), place aux personnages (encore eux !) qui ne veulent que se montrer. Des candidats tels que le sosie officiel français de Ken et la chanteuse Niia débarquent dans l’émission et se concurrencent dans la multitude de bêtises déblatérées à la minute (merci tout de même pour ce bijou qu’est le « c’est l’hôpital qui se fout de la charentaise » qui me fait encore rire aujourd’hui). Il reste bien sûr des candidats sérieux et passionnés de cuisine mais ils se glissent parmi les candidats uniquement tentés par une compétition quelle que soit le domaine et qui n’ont aucun remord à servir des knackis cuits dans de la pâte feuilletée.

L’actualité ridiculisée

De nombreuses émissions se partagent l’audience en début de soirée pour analyser et décortiquer l’actualité. Si on se sent moins coupable en les regardant car elles ont un intérêt évident sur la connaissance de l’actualité, qu’elle soit internationale, nationale ou basée uniquement sur la télé, elles ne sont pas toujours d’une grande qualité.

Et dans ce domaine, une émission bat tous les records en termes de choses à ne pas faire : Touche pas à mon poste, ou sa suite, Balance ton post, présentées par Cyril Hanouna. Entre gags homophobes, propos et comportements sexistes et faux débat banalisant le viol conjugal, cette émission franchit toutes les limites possibles pour attirer le public. Sanctionnée de nombreuses fois par le CSA, elle continue de rythmer les soirées de nombreuses personnes avec son animateur vedette. Mais s’attaquer à cette émission est presque trop facile et elle est déjà critiquée par de nombreuses associations.

L’émission Quotidien, la concurrente de l’émission de Cyril Hanouna, présentée par Yann Barthès, n’est pas exempte de tout défaut. Je reconnais la regarder assez régulièrement, la trouver divertissante et parfois même intéressante. Mais force est de constater que les reportages sont de moins en moins fréquents depuis les départs de Martin Weill et Hugo Clément et l’émission surfe grandement sur des gags, notamment dans la rubrique sports. Celle-ci se moque facilement de joueurs de curling, du championnat d’artisanat ou de compétition de belote en n’hésitant pas à ridiculiser des personnes n’ayant rien demandé. Ainsi, au lieu de mettre en avant des disciplines peu médiatisées, elle les humilie. L’émission apporte toutefois des éclairages pertinents sur l’actualité française et internationale et ses journalistes sont très souvent sur le terrain, même s’ils se font souvent remarquer par des questions peu pertinentes et à visée uniquement provocatrice à l’égard d’hommes et femmes politiques.

Même si je m’en plains beaucoup, je n’abandonne pas la télé car elle m’apporte souvent ce dont j’ai besoin à un moment précis : du condensé de l’actualité dans un journal télévisé, des bonnes idées de recettes en pâtisserie, des images d’une manifestation ou encore de la bêtise pour me faire culpabiliser comme il faut après. Disons juste qu’il faut être conscient de ce qu’on regarde et des images et idées véhiculées dans des émissions en apparence inoffensives. Alors abrutissons-nous consciemment et de temps en temps, regardons des programmes qui nous font découvrir des choses et nous apprennent à penser !

Études de genre à Poudlard

« Les filles [sont] parfois bien étranges » pense Harry Potter dans Le Prince de Sang Mêlé.

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Il n’est ici pas question de dénoncer le sexisme de la saga Harry Potter qui a accompagné de nombreux enfants et adultes pendant plusieurs années, a converti des milliers de personnes à la lecture et a livré un univers merveilleux qui a nourri nos rêves d’aventures. Pourtant, en y réfléchissant des années après avoir clos le dernier livre, je me rends compte que la question du genre n’est pas absente de Harry Potter. Si l’œuvre ne peut pas réellement être taxée de sexisme tant des personnages féminins forts et déterminants sont présents, il existe des différences importantes dans le traitement des personnages fait par J. K. Rowling.

Les hommes aux commandes

Le héros est un homme, c’est le choix de l’auteure, rien de sexiste bien sûr. Toutefois, il est à noter que chaque groupe ou cercle de personnages est dirigé par un homme. C’est le cas du trio de personnages principaux que sont Harry, Ron et Hermione mais c’est aussi le cas pour les autres groupes. Parmi les professeurs de Poudlard, de nombreux personnages sont des femmes comme le professeur McGonagall (pas de féminisation des métiers dans Harry Potter…), le professeur Chourave, le professeur Trelawney et Madame Bibine. Toutefois, c’est bien Albus Dumbledore qui dirige l’école. Ce schéma se répète dans presque tous les autres groupes : la famille Dursley, le ministère de la Magie, l’Ordre du Phénix où Molly Weasley, bien qu’insistante, arrive rarement à avoir le dernier mot, les méchants avec Voldemort bien sûr mais également Lucius Malefoy. L’équipe de quidditch de Gryffondor, si elle est composée de plusieurs filles contrairement à celle de Serpentard, est dirigée par Olivier Dubois. Il convient tout de même de noter que c’est Angelina Johnson qui le remplace dans L’Ordre du Phénix avant qu’Harry ne remplisse le rôle de capitaine l’année suivante.

Certains groupes sont quant à eux composés uniquement de personnages masculins. Drago Malefoy est toujours suivi de ses acolytes Crabbe et Goyle, bien que Pansy Parkinson se joigne parfois à eux dans un rôle plus figuratif que secondaire. De la même façon, les Maraudeurs semblent vivre des aventures indépendamment de toute figure féminine avant l’arrivée de Lily Evans.

Ainsi, si on peut parler d’une certaine parité dans Harry Potter puisque de nombreux personnages, y compris principaux, sont des femmes, le leadership reste l’apanage des hommes. Un peu comme dans un gouvernement en apparence paritaire mais dans lequel tous les postes régaliens sont confiés à des hommes… De manière assez discrète, il est donc transmis l’idée que les femmes sont rarement aux commandes malgré leurs efforts effectués (Molly) ou leurs incroyables qualités personnelles (Hermione).

L’intelligence pour les femmes, le courage pour les hommes

La répartition des qualités dans la saga Harry Potter n’est souvent pas faite au hasard et le sexe de la personne semble avoir été décisif dans cette répartition. Si les personnages n’ont bien évidemment pas qu’une seule qualité, il convient de noter qu’ils sont souvent définis par une qualité principale.

Harry est principalement défini par son courage, là où est Hermione est souvent réduite à son intelligence et à sa curiosité. Le fait de considérer le courage comme une vertu uniquement masculine est très répandu et depuis bien longtemps. Éric Hamraoui fait ainsi appel à la traduction en grec ancien du mot pour dire : « L’andreia, mot grec le plus courant pour signifier le courage, est la qualité de l’anèr, du mâle » (Éric Hamzaoui, « Les courages : variantes d’un processus d’androsexuation de la vertu », Travailler, 2002/1, n° 7). Il poursuit en citant Homère dans L’Odyssée : « Soyez des hommes, ne laissez pas mollir votre valeur ardente ! ».

Dans Harry Potter également, le courage est principalement masculin. À la fin de L’École des Sorciers, au banquet final, Hermione reçoit des points supplémentaires « pour la froide logique dont elle a fait preuve » tandis que Harry est récompensé « pour le sang-froid et le courage exceptionnels qu’il a manifestés ».

Le courage est également la qualité principale de James Potter et de Sirius Black, souvent décrits comme des têtes brûlées, prêtes à relever tous les défis. Même Neville Londubat, personnage maladroit et peu reconnu pour ses talents dans les premiers tomes, est loué pour son courage au banquet final par Dumbledore qui déclare :

Le courage peut prendre de nombreuses formes, dit-il avec un sourire. Il faut beaucoup de bravoure pour faire face à ses ennemis mais il n’en faut pas moins pour affronter ses amis.

L’épilogue du septième tome amène également Harry à décrire Severus Rogue comme « l’homme le plus courageux [qu’il n’ait] jamais rencontré ».

À côté de ces personnages masculins, Hermione est toujours décrite à travers le prisme de l’intelligence avec sa volonté d’apprendre, sa logique et sa facilité à maîtriser des sortilèges. Hagrid, pour lui remonter le moral dans La Chambre des Secrets affirme d’ailleurs « Et ils n’ont jamais inventé un sortilège qu’Hermione soit incapable de refaire ». Si elle fait preuve d’un courage exceptionnel dans tous les tomes, elle reste comme reléguée à cette vertu considérée comme féminine qu’est l’intelligence.

L’amour comme qualité unique de la mère

J. K. Rowling a fait de l’amour un pouvoir extrêmement puissant qui sauve Harry à de nombreuses reprises. L’amour parental est toutefois réservé aux personnages féminins et transforme les mères de la saga en des superhéroïnes lorsque leur enfant est en danger.

Le personnage de Lily Potter est assez peu défini et nous savons, à vrai dire, peu de choses à son sujet. Comme Hermione, elle ne se démarque pas par son courage qui est plutôt la qualité de James, bien que le professeur Slughorn se souvient d’elle alors qu’il est ivre dans le sixième tome et pense à voix haute « Très courageuse… Très drôle… » à propos de Lily. Sa qualité principale est l’amour qu’elle a donné à Harry et qui l’a protégé lorsqu’il avait un an puis de nouveau lorsqu’il a affronté le professeur Quirrell et Voldemort en première année.

Lorsqu’il apprend le contenu de la prophétie, Harry imagine immédiatement la situation si Neville avait été choisi par Voldemort à sa place :

La mère de Neville aurait-elle sacrifié sa vie pour le sauver, comme Lily l’avait fait pour épargner Harry ? Oui, sûrement… Que serait-il arrivé, cependant, si elle n’avait pas pu s’interposer entre son fils et Voldemort ?

Il ne lui vient pas à l’idée que le père de Neville aussi aurait pu intervenir. Comme si l’amour parental était réservé à la mère. Comme si le sacrifice ultime fait par Lily pour sauver son fils n’aurait pas pu être fait par un homme. Il convient de signaler qu’aucun père, dans Harry Potter ne manifeste de manière explicite son amour à son enfant, si ce n’est Amos Diggory, personnage très secondaire, à la mort de son fils.

Lily n’est pas la seule mère dont l’action est motivée par l’amour. Tous les actes de Molly Weasley sont pensés et effectués dans le but de protéger ses enfants, et par la même occasion, Harry, qu’elle considère comme son enfant. L’exemple de son combat avec Bellatrix Lestrange pour protéger Ginny est le plus frappant mais dans chacune de ses apparitions, elle se démarque par sa volonté de protéger qui la conduit notamment à exclure ses enfants, Harry et Hermione des discussions de l’Ordre du Phénix.

Enfin, Narcissa Malefoy, personnage également assez peu exploité, ne se définit que par sa volonté de protéger son fils. Elle contraint ainsi Rogue à promettre de veiller sur Drago Malefoy au cours d’un serment inviolable. Elle joue également un rôle décisif lorsqu’elle doit confirmer la mort de Harry et qu’elle lui demande « Est-ce que Drago est vivant ? Est-ce qu’il est au château ? ». Elle trahit ainsi Voldemort, sa famille et tout ce en quoi elle semblait croire pour se préoccuper uniquement de la vie de son fils.

L’image de la mère protectrice est ainsi omniprésente dans les sept tomes. Loin d’être un défaut, cette caractéristique cantonne les personnages féminins dans un rôle bien particulier et aux contours très définis. De plus, cette image exclut les pères de la parentalité et impose l’idée d’une relation père-enfant beaucoup plus distante et davantage fondée sur le jeu et la complicité (avec Arthur Weasley) que sur l’amour.

Jalousie, colère et niaiserie : des défauts féminins

Les personnages féminins se distinguent pas des comportements négatifs qui donnent le mauvais rôle aux femmes en général. Si la jalousie et la colère sont également partagés par les personnages masculins, elles s’expriment de différentes manières selon le sexe du personnage. La niaiserie, elle, est la caractéristique d’un seul personnage.

Les trois personnages principaux ressentent de la jalousie à des moments différents dans la saga. Harry lorsque Ginny a des relations amoureuses avec d’autres garçons. Hermione lorsque Ron est en couple avec Lavande Brown. Et Ron lorsqu’il se considère mis à part dans Les Reliques de la Mort. Toutefois, la jalousie n’est pas abordée de la même manière. Hermione est jalouse et le montre par la colère tandis que la jalousie de Harry et celle de Ron sont extériorisées et attribuées à des éléments autres. La scène la plus révélatrice pour Hermione se situe dans Le Prince de Sang Mêlé lorsqu’elle punit Ron pour sa relation avec Lavande :

Harry fit volte-face et vit Hermione brandir sa baguette avec une expression féroce : telle une grêle de projectiles dorés, les oiseaux foncèrent alors droit sur Ron qui laissa échapper un petit cri et se protégea le visage de ses mains ; mais les volatiles l’attaquèrent, piquant de leur bec et griffant de leurs pattes chaque centimètre carré de peau qu’ils pouvaient atteindre.

Il n’existe pas vraiment de doutes sur les motivations de Hermione et celle-ci sort ensuite de la pièce en dissimulant un sanglot. La jalousie de Harry est décrite de manière plus déresponsabilisante puisque Harry a recours à l’image d’un monstre à l’intérieur de lui dans Le Prince de Sang Mêlé :

Il ne pense pas ce qu’il dit…, déclara machinalement Harry, bien qu’il entendît en lui les rugissements du monstre qui approuvait les paroles de Ron.

Il ne serait ainsi pas jaloux mais juste en lutte contre un élément néfaste à l’intérieur de lui-même. Notons que cette phrase intervient après le slut-shaming de Ron à l’égard de Ginny, celui-ci lui reprochant ses multiples compagnons… Enfin, la jalousie de Ron se manifeste dans Les Reliques de la Mort lorsqu’il demande « Ah tiens, vous vous êtes souvenus de mon existence ? ». Ces paroles sont amplifiées dans le film par les scènes de complicité entre Harry et Hermione. Mais comme Harry, ce n’est pas réellement Ron qui exprime sa jalousie mais plutôt le médaillon de Serpentard qui favorise la colère. La jalousie semble donc bien être féminine alors que les hommes ne sont jaloux que de manière détournée.

La colère est une émotion partagée par de nombreux personnages, à commencer par Harry qui est constamment rongé par un sentiment de culpabilité pour la mort de Sirius Black et qui reproche sans cesse à Dumbledore de le tenir à distance. Pourtant, il ne l’exprime que rarement et semble la contenir.

C’est une fois encore Molly Weasley qui nous donne le meilleur exemple de la colère, dans son expression la plus primaire, l’insulte. C’est à elle qu’on doit, il me semble, l’unique gros mot des sept tomes, et encore, en anglais, puisqu’il a été euphémisé dans la version française. Avec son “NOT MY DAUGHTER, YOU BITCH!”, elle exprime toute sa colère, et là encore, son amour pour sa fille. Le terme a été traduit par « garce » en français. Le terme anglais n’est pourtant pas anodin, car en plus d’être le seul gros mot de Harry Potter, celui-ci fait référence à la sexualité féminine.

Enfin, la niaiserie définit un personnage qui n’est absolument pas exploité en dehors de cette caractéristique : Lavande Brown. Elle est mentionnée une fois dans le premier tome lorsque le choixpeau l’envoie à Gryffondor puis reste absente jusqu’au troisième tome où elle devient une admiratrice du professeur Trelawney. Elle est souvent mentionnée lorsqu’elle laisse « échapper un gloussement » (La Coupe de Feu), « un petit cri » ou qu’elle « [pouffe] d’un rire silencieux » avec Parvati Patil (L’Ordre du Phénix).

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Elle devient la petite amie de Ron et occupe ainsi un rôle plus important dans Le Prince de Sang Mêlé mais dans un but unique : être le personnage ridicule et moqué. Elle considère ainsi « chaque instant où elle [n’embrasse] pas Ron comme un instant perdu », elle « surgit de nulle part pour se jeter dans les bras de Ron », elle le chatouille et l’appelle « Ron-Ron ». Ron cherche ainsi à l’éviter puis à rompre sans y parvenir :

Mais plus j’essaye de lui faire comprendre que je voudrais en finir, plus elle s’accroche. J’ai l’impression de sortir avec le calmar géant.

Le calmar géant étant la créature du lac de Poudlard, la comparaison n’est pas flatteuse.

Cette petite étude n’a pas pour objectif de dénoncer le sexisme dans l’œuvre de J. K. Rowling et de déconseiller celle-ci en raison d’un traitement genré des personnages. Il est davantage question de montrer que le sexisme est tellement ancré dans notre inconscient que nous ne sommes que très rarement conscients de sa portée. Des milliers d’enfants ont lu et adoré Harry Potter au point d’attendre avec impatience la lettre de Poudlard et pratiquement aucun n’a été choqué de voir que l’intelligence et l’amour sont des qualités féminines tandis que le courage est une qualité masculine. Personne n’est choqué car nous avons intériorisé ce traitement genré des personnes. Il faut donc se questionner sur les différents domaines de la culture qui façonnent notre inconscient et notre image de la société, même quand il s’agit d’œuvres qui ont bercé notre enfance, notre adolescence ou qui berce encore notre vie d’adulte.

Le biberon du sexisme

Nous sommes une génération qui a été biberonnée au sexisme. Sans doute moins que les générations précédentes mais tout de même. Le sexisme a fait partie de nos vies de façon extrêmement précoce. Avant même de prendre conscience qu’il existait des différences anatomiques entre les filles et les garçons, nous avons été placés dans des cases qui nous ont fait penser, à tort, qu’il était normal d’être considérés différemment selon notre sexe. Cette éducation au sexisme s’est d’abord faite au sein de notre famille, à un degré différent selon chaque famille.

Le sexisme ordinaire en famille

Je ne considère pas mes parents comme sexistes. Jamais il n’a été question d’inculquer en mes frères et en moi, l’idée que l’homme est supérieur à la femme. J’ai également été traitée comme mes frères s’agissant des études et de mon orientation professionnelle. Pourtant, le sexisme était bien là dans la répartition des tâches. Ma mère s’occupe de la cuisine et mon père du jardin, soit. Leur éducation qui, pour le coup, a été sexiste, a nécessairement influencé leurs goûts si bien que cette répartition genrée des tâches leur apparaît naturelle. Ils n’y voient aucune contrainte et ne sont, en rien, réfractaires à l’idée d’aider l’autre à cuisiner et à jardiner. Toutefois, en réfléchissant à notre éducation, j’ai pris conscience de certaines différences dans l’éducation de mes frères et dans la mienne. Par exemple, mes frères ont été réquisitionnés très jeunes pour aider dans le jardin, notamment pour tondre la pelouse, tandis que j’ai toujours été épargnée. Si mes parents m’ont sollicitée, ils n’ont pas dû insister. De la même façon, j’ai appris assez jeune à recoudre un bouton et à mettre une lessive en route, choses que mes frères n’ont apprises que plus tard.

Ce sexisme ordinaire est également visible quand on considère la famille plus éloignée ou les proches. J’ai, à plusieurs reprises, reçu comme cadeau une barbie ou une poupée par des personnes qui me connaissaient mal ! Pourtant, il ne serait pas venu à l’esprit d’offrir le même jouet à mes frères. Mes parents, eux, savaient qu’il fallait des lego pour me faire plaisir. Ces petits détails sont insignifiants et ne nous ont pas empêchés, l’un de mes frères et moi, de devenir sensibles aux combats féministes. Ils démontrent cependant un ancrage très fort du sexisme dans notre société qui rend les personnes aveugles aux différences de traitement entre filles et garçons et entre femmes et hommes.

La société : mère nourricière du sexisme

Car notre biberon sexiste, c’est avant tout la société qui nous le fournit. Partout, un indice est là pour rappeler aux femmes qu’elles ne peuvent pas avoir les mêmes goûts ni les mêmes activités que les hommes. Des dessins animés aux jeux, en passant par les films, les publicités et les panneaux indiquant les tables à langer dans les toilettes des femmes, nous avons été éduqués aux sexisme à coup de soft power.

Les magasins de jouets sont un enfer pour les yeux tant les rayons sont genrés. C’était le cas hier et c’est encore le cas aujourd’hui. L’argument principal des responsables de magasins reste que ces couleurs permettent de se retrouver facilement dans le magasin. En effet, les filles n’ont qu’à suivre le rose ! Il est vrai que le but des magasins n’est pas d’éduquer à l’égalité des sexes mais bien de vendre…

Nous ne prenons pas conscience de ces détails, enfants. Je me souviens avoir énormément joué au papa et à la maman. Le papa part le matin au travail et revient tard tandis que la maman passe la journée à s’occuper des enfants puis à préparer le dîner. Je me demande aujourd’hui où j’ai bien pu trouver cette conception complètement conservatrice de la famille qui ne correspondait en rien à la mienne. De même, j’ai rejoué récemment au jeu de société Brainstorm Junior auquel j’ai joué enfant. J’ai pu réaliser que dans une boulangerie, il y a « le boulanger » et « les vendeuses ». Et à la phrase, « À la maison, j’aide maman à… », il faut donner dix affirmations sur les différentes tâches pour tenir une maison.

Cette emprise du sexisme sur moi, et sûrement sur beaucoup de personnes, s’est peut-être faite par les films d’animation. Si j’ai grandi dans les années 1990, j’ai également été nourrie aux dessins animés plus anciens tels que Blanche Neige (1937), Cendrillon (1950) et Peter Pan (1953). Si les deux premiers ont comme héroïnes de parfaites femmes de maison, Blanche Neige ne pouvant s’empêcher de faire le ménage en arrivant dans une maison sale et Cendrillon attendant le prince charmant pour être sauvée d’une vie de domestique, le troisième n’offre qu’un second rôle à Wendy. Celle-ci joue principalement le rôle de maman pour les enfants perdus et n’est guère utile au héros. Le Livre de la Jungle (1967) se distingue tout de même par son absence de personnages féminins, à l’exception de la petite fille à la fin du film qui chante une chanson dans laquelle son père chasse, sa mère fait du pain et elle, attend d’avoir un époux afin qu’il lui construise une maison.

Les dessins animés de ma génération ont toutefois davantage su mettre en scène de réelles héroïnes telles que Pocahontas (1995) qui s’oppose à son clan et Mulan (1998) qui part faire la guerre pour sauver son père. Cependant, une chanson trahit une fois encore le progressisme apparent du film. Dans la chanson Une belle fille à aimer, l’un des compagnons de Mulan espère ainsi trouver une femme « tonkinoise avec des yeux turquoises », tandis qu’un autre veut qu’elle admire sa force et un autre qu’elle sache cuisiner.

Partout, il a été gravé dans notre esprit que les femmes sont plus faibles que les hommes et que leur place est bien souvent à la maison avec les enfants. En grandissant et en mûrissant, nous pouvons prendre conscience du sexisme ordinaire omniprésent dans notre société. Mais même avec cette prise de conscience, les faux pas sont toujours présents. Il m’arrive parfois de taquiner un homme en le traitant de « pisseuse », s’il va souvent aux toilettes, ou de « princesse », s’il met longtemps à se préparer. Sans parler des insultes qui viennent à l’esprit lorsqu’elles concernent une femme, qui sont très souvent liées à la sexualité. De la même façon, je peux parler de femmes connues en les appelant Najat ou Malala alors que je n’appellerai pas un homme connu par son prénom. Combattre le sexisme est ainsi, en tout cas pour moi, un effort de chaque instant.

Des avancées encourageantes

Aujourd’hui, beaucoup de personnes sont davantage vigilantes et permettent des avancées notables. Nous avons ainsi pris conscience de l’importance du symbolique dans l’égalité des sexes. Le terme « Mademoiselle » a été supprimé des documents administratifs par une circulaire du 21 février 2012 et l’écriture inclusive est de plus en plus utilisée dans des documents courts, notamment de partis politiques et d’associations. Car sans que personne ne s’en rende compte, l’écriture française dans laquelle le masculin est supérieur au féminin, a formaté nos esprits à la domination de l’homme sur la femme pendant des siècles.

Pixar et Disney suivent également la tendance et ont donné naissance à des films avec des héroïnes plus intéressantes. Rebelle (2012) et La Reine des Neiges(2013) permettent ainsi de donner une image de la femme forte bien que toujours princesse. Dans ce dernier, Elsa est d’ailleurs anéantie par sa volonté obsessionnelle de rencontrer l’homme de sa vie et est finalement sauvée par le baiser, non du prince charmant, mais de sa sœur.

Déconstruire le sexisme ordinaire, un combat de chaque instant

Pourtant, le féminisme a toujours de belles journées devant lui puisque les obstacles subsistent tant dans les pubs sexistes où l’on parle, par exemple, de « l’heure des mamans », une expression qui reste bien dans la tête alors que l’image du père sur la photo ne reste pas, mais encore dans les films et clips musicaux qui font apparaître des femmes dénudées et dans l’actualité de tous les jours. La politique française comme étrangère, n’arrête, en effet, pas de donner des exemples déplorables de sexisme.

bdr
Photo prise le 31 août 2018 dans la station de métro Nation

Le fait d’avoir été élevés dans une société sexiste n’est pas une fatalité puisque la prise de conscience est possible et de nombreuses associations et de nombreuses personnes luttent chaque jour pour sensibiliser les femmes et les hommes au sexisme ordinaire. Combattre celui-ci nécessite toutefois des efforts dans notre langage, dans notre façon de s’adresser aux personnes et dans l’éducation que nous donnons aux autres.