Le biberon du sexisme

Nous sommes une génération qui a été biberonnée au sexisme. Sans doute moins que les générations précédentes mais tout de même. Le sexisme a fait partie de nos vies de façon extrêmement précoce. Avant même de prendre conscience qu’il existait des différences anatomiques entre les filles et les garçons, nous avons été placés dans des cases qui nous ont fait penser, à tort, qu’il était normal d’être considérés différemment selon notre sexe. Cette éducation au sexisme s’est d’abord faite au sein de notre famille, à un degré différent selon chaque famille.

Le sexisme ordinaire en famille

Je ne considère pas mes parents comme sexistes. Jamais il n’a été question d’inculquer en mes frères et en moi, l’idée que l’homme est supérieur à la femme. J’ai également été traitée comme mes frères s’agissant des études et de mon orientation professionnelle. Pourtant, le sexisme était bien là dans la répartition des tâches. Ma mère s’occupe de la cuisine et mon père du jardin, soit. Leur éducation qui, pour le coup, a été sexiste, a nécessairement influencé leurs goûts si bien que cette répartition genrée des tâches leur apparaît naturelle. Ils n’y voient aucune contrainte et ne sont, en rien, réfractaires à l’idée d’aider l’autre à cuisiner et à jardiner. Toutefois, en réfléchissant à notre éducation, j’ai pris conscience de certaines différences dans l’éducation de mes frères et dans la mienne. Par exemple, mes frères ont été réquisitionnés très jeunes pour aider dans le jardin, notamment pour tondre la pelouse, tandis que j’ai toujours été épargnée. Si mes parents m’ont sollicitée, ils n’ont pas dû insister. De la même façon, j’ai appris assez jeune à recoudre un bouton et à mettre une lessive en route, choses que mes frères n’ont apprises que plus tard.

Ce sexisme ordinaire est également visible quand on considère la famille plus éloignée ou les proches. J’ai, à plusieurs reprises, reçu comme cadeau une barbie ou une poupée par des personnes qui me connaissaient mal ! Pourtant, il ne serait pas venu à l’esprit d’offrir le même jouet à mes frères. Mes parents, eux, savaient qu’il fallait des lego pour me faire plaisir. Ces petits détails sont insignifiants et ne nous ont pas empêchés, l’un de mes frères et moi, de devenir sensibles aux combats féministes. Ils démontrent cependant un ancrage très fort du sexisme dans notre société qui rend les personnes aveugles aux différences de traitement entre filles et garçons et entre femmes et hommes.

La société : mère nourricière du sexisme

Car notre biberon sexiste, c’est avant tout la société qui nous le fournit. Partout, un indice est là pour rappeler aux femmes qu’elles ne peuvent pas avoir les mêmes goûts ni les mêmes activités que les hommes. Des dessins animés aux jeux, en passant par les films, les publicités et les panneaux indiquant les tables à langer dans les toilettes des femmes, nous avons été éduqués aux sexisme à coup de soft power.

Les magasins de jouets sont un enfer pour les yeux tant les rayons sont genrés. C’était le cas hier et c’est encore le cas aujourd’hui. L’argument principal des responsables de magasins reste que ces couleurs permettent de se retrouver facilement dans le magasin. En effet, les filles n’ont qu’à suivre le rose ! Il est vrai que le but des magasins n’est pas d’éduquer à l’égalité des sexes mais bien de vendre…

Nous ne prenons pas conscience de ces détails, enfants. Je me souviens avoir énormément joué au papa et à la maman. Le papa part le matin au travail et revient tard tandis que la maman passe la journée à s’occuper des enfants puis à préparer le dîner. Je me demande aujourd’hui où j’ai bien pu trouver cette conception complètement conservatrice de la famille qui ne correspondait en rien à la mienne. De même, j’ai rejoué récemment au jeu de société Brainstorm Junior auquel j’ai joué enfant. J’ai pu réaliser que dans une boulangerie, il y a « le boulanger » et « les vendeuses ». Et à la phrase, « À la maison, j’aide maman à… », il faut donner dix affirmations sur les différentes tâches pour tenir une maison.

Cette emprise du sexisme sur moi, et sûrement sur beaucoup de personnes, s’est peut-être faite par les films d’animation. Si j’ai grandi dans les années 1990, j’ai également été nourrie aux dessins animés plus anciens tels que Blanche Neige (1937), Cendrillon (1950) et Peter Pan (1953). Si les deux premiers ont comme héroïnes de parfaites femmes de maison, Blanche Neige ne pouvant s’empêcher de faire le ménage en arrivant dans une maison sale et Cendrillon attendant le prince charmant pour être sauvée d’une vie de domestique, le troisième n’offre qu’un second rôle à Wendy. Celle-ci joue principalement le rôle de maman pour les enfants perdus et n’est guère utile au héros. Le Livre de la Jungle (1967) se distingue tout de même par son absence de personnages féminins, à l’exception de la petite fille à la fin du film qui chante une chanson dans laquelle son père chasse, sa mère fait du pain et elle, attend d’avoir un époux afin qu’il lui construise une maison.

Les dessins animés de ma génération ont toutefois davantage su mettre en scène de réelles héroïnes telles que Pocahontas (1995) qui s’oppose à son clan et Mulan (1998) qui part faire la guerre pour sauver son père. Cependant, une chanson trahit une fois encore le progressisme apparent du film. Dans la chanson Une belle fille à aimer, l’un des compagnons de Mulan espère ainsi trouver une femme « tonkinoise avec des yeux turquoises », tandis qu’un autre veut qu’elle admire sa force et un autre qu’elle sache cuisiner.

Partout, il a été gravé dans notre esprit que les femmes sont plus faibles que les hommes et que leur place est bien souvent à la maison avec les enfants. En grandissant et en mûrissant, nous pouvons prendre conscience du sexisme ordinaire omniprésent dans notre société. Mais même avec cette prise de conscience, les faux pas sont toujours présents. Il m’arrive parfois de taquiner un homme en le traitant de « pisseuse », s’il va souvent aux toilettes, ou de « princesse », s’il met longtemps à se préparer. Sans parler des insultes qui viennent à l’esprit lorsqu’elles concernent une femme, qui sont très souvent liées à la sexualité. De la même façon, je peux parler de femmes connues en les appelant Najat ou Malala alors que je n’appellerai pas un homme connu par son prénom. Combattre le sexisme est ainsi, en tout cas pour moi, un effort de chaque instant.

Des avancées encourageantes

Aujourd’hui, beaucoup de personnes sont davantage vigilantes et permettent des avancées notables. Nous avons ainsi pris conscience de l’importance du symbolique dans l’égalité des sexes. Le terme « Mademoiselle » a été supprimé des documents administratifs par une circulaire du 21 février 2012 et l’écriture inclusive est de plus en plus utilisée dans des documents courts, notamment de partis politiques et d’associations. Car sans que personne ne s’en rende compte, l’écriture française dans laquelle le masculin est supérieur au féminin, a formaté nos esprits à la domination de l’homme sur la femme pendant des siècles.

Pixar et Disney suivent également la tendance et ont donné naissance à des films avec des héroïnes plus intéressantes. Rebelle (2012) et La Reine des Neiges(2013) permettent ainsi de donner une image de la femme forte bien que toujours princesse. Dans ce dernier, Elsa est d’ailleurs anéantie par sa volonté obsessionnelle de rencontrer l’homme de sa vie et est finalement sauvée par le baiser, non du prince charmant, mais de sa sœur.

Déconstruire le sexisme ordinaire, un combat de chaque instant

Pourtant, le féminisme a toujours de belles journées devant lui puisque les obstacles subsistent tant dans les pubs sexistes où l’on parle, par exemple, de « l’heure des mamans », une expression qui reste bien dans la tête alors que l’image du père sur la photo ne reste pas, mais encore dans les films et clips musicaux qui font apparaître des femmes dénudées et dans l’actualité de tous les jours. La politique française comme étrangère, n’arrête, en effet, pas de donner des exemples déplorables de sexisme.

bdr
Photo prise le 31 août 2018 dans la station de métro Nation

Le fait d’avoir été élevés dans une société sexiste n’est pas une fatalité puisque la prise de conscience est possible et de nombreuses associations et de nombreuses personnes luttent chaque jour pour sensibiliser les femmes et les hommes au sexisme ordinaire. Combattre celui-ci nécessite toutefois des efforts dans notre langage, dans notre façon de s’adresser aux personnes et dans l’éducation que nous donnons aux autres.

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