Twitter, générateur d’anxiété

Twitter est devenu l’application pour s’informer au plus vite avec, d’une part, des informations qui arrivent plus rapidement que dans les médias traditionnels et d’autre part, des informations écrites plus succinctement. J’ai ainsi pu être informée de l’incendie de la cathédrale de Notre-Dame avec la publication d’une photo sur Twitter comme j’ai suivi les condamnations des époux Balkany sur des live-tweets de journalistes présents dans les salles d’audience. Un tweet, plus court qu’une dépêche de l’AFP, est un outil incroyable dans les moments où je n’ai pas envie de lire un article.

Mais Twitter est également cette application bien visible et accessible sur mon téléphone qui m’occupe lorsque je m’ennuie. Par exemple, dans le métro, à peine ai-je fermé l’application après avoir épluché tout mon fil d’actualité que je la ré-ouvre par réflexe avant de la refermer de nouveau en me disant que j’ai déjà tout vu et que rien ne s’est produit dans ce laps de temps aussi infime. Twitter est ainsi devenu, pour moi et pour beaucoup de personnes il me semble, une véritable addiction. Rien qu’en écrivant cet article, je ne peux m’empêcher d’ouvrir Twitter sur mon smartphone et sur mon ordinateur…

Cette addiction est, comme toute les addictions, extrêmement nocive. Tout d’abord, parce qu’elle est une addiction et que, de ce fait, elle me pousse, de manière extrêmement déraisonnable, à regarder toute la journée Twitter, ce qui constitue une perte de temps incroyable. Mais cette addiction est nocive surtout en raison du contenu sur Twitter.

Car Twitter est une formidable plateforme de propagation de la haine, de la colère et de la violence. Que ce soit sur la polémique du voile qui revient éternellement sur le devant de la scène ou sur des insultes gratuites entre militants politiques, la surenchère est chose courante. Mais, dans mon utilisation de Twitter, je ne suis pas inondée de contenu particulièrement violent. En effet, je ne tweete que très peu et ne reçois donc pas d’insultes, et ne vais que très rarement sur les tendances ou dans les discussions. Et j’ai cessé de suivre les journalistes Abel Mestre et Samuel Laurent qui relayaient sans cesse les commentaires haineux reçus.

Mais même avec ces précautions, Twitter reste générateur d’anxiété pour moi. Ce n’est pas la haine qui me touche le plus sur ce réseau mais la bêtise et l’immoralité. Twitter en est rempli et je me sens ainsi constamment en colère en regardant mon fil d’actualité. Même en ne suivant que des personnes ou comptes qui m’intéressent, je me retrouve, à cause des magnifiques algorithmes de Twitter, confrontée à des contenus qui m’agacent. Et lorsque je vois un tweet de la Maison blanche qui se félicite de « l’élimination violente » de Baghdadi, un tweet de Jean-Luc Mélenchon sur sa victimisation dans un « lawfare » qu’il n’est pas capable de prononcer correctement et Sibeth Ndiaye qui utilise la coupe du monde féminine de football pour faire de la communication pour les élections municipales, j’ai juste envie de répondre un bon gros et efficace « Ta Gueule ». Mais non, je suis une personne bien élevée et réfléchie et j’essaie de ne pas rajouter de la haine sur Twitter.

Je suis également fatiguée de Twitter en raison du contenu que je choisis, pourtant volontairement, de suivre. Mon fil Twitter est envahi d’informations sur les féminicides, sur leurs circonstances, sur le peu de moyens alloués par l’État à la lutte contre les violences faites aux femmes, sur les faibles condamnations des auteurs de ces violences, sur le compte de ces femmes mortes en 2019. Il y a également les violences policières, les morts de migrants en Méditerranée et leurs conditions de vie indignes en France, les ratés du Parlement européen sur l’écologie… J’ai choisi de suivre ces contenus parce que ce sont des sujets qui m’intéressent, que j’ai envie de connaître davantage et sur lesquels je veux connaître les dernières informations. Mais tout ça est tellement déprimant. Parfois, après avoir cliqué sur l’application Twitter, je la ferme immédiatement, avant-même que le contenu n’ait eu le temps de s’afficher en me disant « Non, là tout de suite, je ne suis pas assez solide pour ça ».

Par ailleurs, je ressens une certaine pression sur Twitter, devant ces contenus particulièrement sensibles. Une pression à déplorer, à dénoncer, à condamner, à s’emporter, à s’énerver, à s’insurger, à se rebeller, à lutter. Comme si chaque événement rendait nécessaire le fait de se prononcer sur celui-ci. Cette pression est présente sur Twitter mais aussi en dehors avec toutes ces personnes qui vont sur Twitter et te demandent ensuite : « Tu as vu ça ? ». L’actualité est lourde et difficile à supporter au quotidien et j’aimerais parfois pouvoir dire « Je m’en fiche », même si ce n’est pas complètement vrai.

Bien sûr je suis contre les féminicides, les violences policières, la destruction de la planète, la guerre au Yémen, la répression au Chili, les attentats, la faim dans le monde, les mauvaises conditions de travail des livreurs, des urgentistes, des profs, des ouvriers et des autres. Mais parfois, je n’ai aussi pas envie de réagir et de m’y intéresser et je préfère regarder des vidéos de chatons. Je me dis que j’en ai le droit mais je me sens également coupable car pour toutes ces personnes confrontées à ces problèmes, il n’y a pas de répit.

Enfin, Twitter me laisse peu d’espoir sur l’évolution du monde. Car ce ne sont pas les chercheurs et journalistes d’investigation qui réussissent le mieux sur ce réseau. Twitter peut apporter une grande visibilité à leurs travaux et c’est bien pour cela que je reste sur Twitter et continue d’y passer mes journées. Mais les personnes qui réussissent le mieux sont des simples commentateurs de l’actualité, des chroniqueurs ou des influenceurs sortis de nulle part qui ont pour qualité principale, la maîtrise de Twitter. Ils n’apportent aucun contenu pertinent et se contentent de soutenir, de « condamner fermement », de dénoncer et de propager du vide. Leurs tweets, pourtant entièrement vides, sont alors relayés des centaines et des milliers de fois par des personnes aux comptes tout aussi vides.

Car l’objectif sur Twitter est davantage d’être un dénonciateur, notamment de la politique d’Emmanuel Macron, qu’être un analyste ou un initiateur de projets et solutions. L’objectif premier est le retweet. Point. Si Twitter est un miroir de la réalité, comment espérer des débats pertinents dans l’espace public ? Celui qui crie le plus fort, en ce moment le Rassemblement national ou Éric Zemmour, aura ainsi toujours le dernier mot…

Twitter m’apporte sûrement beaucoup puisque je tiens à y rester, notamment pour diffuser mes articles à mes 3 followers, mais il est également un impressionnant générateur d’anxiété et je le tiens responsable de mes déprimes et de mes excès de colère à la moindre étincelle. Il semble me (nous ?) maintenir dans un état d’anxiété constant et je rêve du jour où j’aurai enfin le courage de mettre fin à cette addiction.

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