Toutes ces choses que l’on ne peut pas critiquer

Réponse à la tribune publiée dans L’Obs le 13 mai 2020 intitulée « Au cœur de la crise, construisons l’avenir » et à l’impossibilité de critiquer ce genre d’initiatives sous peine d’être traité de macroniste.

« Bah alors ma petite macroniste, on est vexée que son président fasse pshitt en ayant échoué sur tous les plans ? C’est ballot quand même ! » : voilà l’insulte ultime dont j’ai fait l’objet quand j’ai eu le culot de critiquer une énième initiative de gauche. Je ne cacherai pas que le fait d’être traitée de macroniste m’atteint réellement. Mais le plus triste dans tout cela c’est que cette nouvelle initiative est soutenue par des personnes qui ne semblent pas accepter le débat. Dommage pour une « Initiative commune »…

Car, si je me permets de critiquer, c’est bien que je partage la très grande majorité des idées défendues dans cette tribune. Je défends également des valeurs d’écologie, de cohésion sociale et de féminisme et soutiens la régularisation des travailleurs migrants, la nécessité de financer davantage les services publics tels que l’hôpital et les EHPAD, et la lutte contre les traités de libre-échange. Il est trop facile et complètement inutile de perdre de l’énergie à critiquer le racisme de Marine Le Pen, l’homophobie de Cyril Hanouna, la xénophobie d’Éric Zemmour et les politiques désastreuses portées par Emmanuel Macron et le gouvernement. Je critique, pas seulement pour critiquer, mais pour amener à réfléchir.

Malheureusement, certaines choses ne sont pas critiquables. Ou disons plutôt qu’il existe des choses que l’on ne peut critiquer sous peine d’être traité d’ennemi, de raciste, d’inhumain ou même pire, de macroniste. Je ne peux pas critiquer cette nouvelle initiative car elle serait humaniste, écologiste et féministe. Et alors ? Moi aussi !

Parce que les idées défendues par la tribune sont guidées par un objectif d’intérêt général, elle devrait être sacralisée et inattaquable par toute personne qui les soutient. Pourtant, il y a beaucoup à redire sur la forme. Une tribune qui devient politique après avoir éclos au sein d’un Festival qui n’aura eu pour seule réussite que de réunir des personnes d’accord entre elles lors d’un week-end ensoleillé. Des personnes qui n’ont pas eu l’air de vraiment se parler depuis ce week-end-là si l’on en croit les impossibles alliances politiques lors des élections municipales. Ces personnes qui signent aujourd’hui la tribune et sont sûrement ravies de participer à une initiative commune dont elles feront fi lorsqu’il leur faudra abandonner leur égo et se retirer d’une liste pour laisser la place à un supposé allié.

Je vote pour ces personnes à absolument toutes les élections. Car, encore une fois, je soutiens les idées. Mais j’en ai réellement assez que vous nous revendiez les mêmes alliances encore et toujours juste pour faire parler de vous et dire que vous êtes mieux que le régime en place. Oui, on veut un « monde d’après » fondé sur l’humain et non plus sur l’argent mais on veut également une politique fondée sur l’après et non sur l’ancien. Une politique qui fait enfin autrement et ne répète pas l’expérience Place publique qui commence comme un cercle d’intellectuels qui réfléchissent à un monde meilleur et se transforme miraculeusement en un nouveau parti politique avec les mêmes personnes et les mêmes idées.

Vous aurez toujours des cercles militants fidèles et prêts à vous suivre qu’importe le nom et la forme de l’initiative. Mais vous laissez de côté des milliers de personnes comme moi qui sont désillusionnées par vos multiples initiatives qui ressassent les mêmes idées depuis des années. Beaucoup d’entre elles désapprouvent celles-ci, peut-être même parmi les signataires.

Car critiquer, c’est être de l’autre côté. Critiquer, c’est prendre le risque de révéler les défauts internes de la gauche (ou des gauches) et ainsi de faire plaisir à la droite et à l’extrême-droite. Critiquer, c’est aussi se prendre de pleine face des « si personne fait rien, on arrête tout alors » ou des « qu’est-ce qu’on fait alors ? On laisse Marine Le Pen passer ? ». Tout cela parce que vous sélectionnez votre public et marginalisez les personnes qui ne pensent pas comme vous.

On ne peut pas critiquer la gauche sans être traité de macroniste.

On ne peut pas critiquer des campagnes politiques sur l’accueil des migrants qui s’appuient sur des vérités complètement tronquées (par exemple, en indiquant à tort qu’une petite fille va être renvoyée dans son pays où elle va être excisée alors qu’elle doit en fait être renvoyée vers l’Italie) sans être traité de personne insensible et inhumaine.

On ne peut pas critiquer des grandes ONG de défense des droits humains qui mettent de côté leurs idéaux quand il s’agit du droit du travail de leurs salariés en burn-out, de leurs « consultants » maintenus dans la précarité ou des intérimaires qui changent d’imperméable tous les deux jours pour faire signer des pétitions, sans se voir répondre : « Et toi, tu fais quoi pour les droits humains ? ».

La critique ne serait que l’outil de l’ennemi et non de possibles alliés. C’est peut-être cela le véritable problème de la gauche aujourd’hui : l’impossibilité d’accepter le dialogue et de reconnaître ses torts. Dommage, car la gauche ne réussira pas sans accepter les critiques en son sein… Dommage, car c’est, encore une fois, ce qui mettra en miette votre belle « Initiative commune » dès qu’il faudra commencer à discuter du concret ou même à présenter des candidats. Dommage, car, contrairement à ce que vous dites, c’est aussi vous qui favorisez le duel Macron-Le Pen en choisissant de ne pas entendre votre propre électorat.

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